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TitreLe Rêve de Jacques de Baroncelli, Bonsoir, 18 avril 1921
DateLundi 18 Avril 1921
Auteur(s)Pierre Scize
SourceBonsoir
Filmographie
Texte

" La Semaine du Rêve "

On passe à Marivaux, à Madeleine Cinéma, à Gaumont, à Max-Linder, au Colisée, etc., Le Rêve, film tiré du roman de Zola, par Jacques de Baroncelli. Dans la Semaine Cinématographique, l'auteur de ce film, me mettant fort courtoisement en cause, écrivit une chronique très brillante pour justifier l'utilité de ces adaptations. Fort spirituellement, Baroncelli écrit : "Permettez-moi de vous rappeler le discours fameux qui fut adressé à Henri IV par le gouverneur d'une de ses bonnes villes : "Sire, nous n'avons pas tiré le canon pour quatorze raisons, la première, c'est que nous n'avons pas de canon...". Le roi coupa net la harangue. Il en savait assez. C'est là fort exactement, ce que je dis ici même, lors de la présentation de ce film : Il faut produire coûte que coûte et nous n'avons pas de scénarios. Par ailleurs, touchant les devoirs de l'adaptateur metteur en scène, l'auteur du Rêve dit : "Qu'on le voit aux prises avec Balzac. Cette ruée, ce débordement d'êtres et de choses qu'est la comédie humaine, cette ivresse de Démiurge, au milieu des ses nébuleuses et de ses mondes, doit être captée, canalisée, domptée et projetée, dans sa radieuse puissance, dans sa vie frémissante et contenue. Un tel travail de composition exige, avec l'admiration et la ferveur, l'étude, le tri et la plus sévère probité. Sans doute, dans l'oeuvre qu'on transcrit, se trouvent des scènes visuelles, des formes déjà prêtes pour le ciné : loin de repousser le don, il s'agit de le recueillir, avec reconnaissance, de le réaliser, si l'on peut dire, avec son accent, sa vibration, son contour. Le film, ici, s'attache étroitement à la lettre qui déjà est image mais il est des pages d'analyses, par exemple, des observations psychologiques qu'on ne peut telles quelles transmettre au public. Il importe de concrétiser, animer, "imager", et, encore un coup, de créer ; c'est le rôle et le fait du metteur en scène. Il y aurait bien des choses à dire là-dessus et peut-être pourrai-je les exprimer un jour. Mais il n'est pas un argument qui ait le poids d'un fait. Le fait, ici, c'est Le Rêve. Baroncelli, tournant Le Rêve, recrée une oeuvre à côté de l'autre. Elles ne se ressemblent plus que par le dehors, par l'affabulation, par l'histoire, comme dit le bon public des faubourgs. On m'accordera bien qu'au cinéma l'histoire n'est que secondaire ; la matière qui la compose, le choix des images, la composition des tableaux, le rythme surtout, y est l'essentiel. Et Baroncelli, tournant Le Rêve, a dépassé son modèle. J'aime son film. Je n'aime pas beaucoup le roman de Zola. Il m'apparaît, dans son oeuvre compacte comme une statue sulpicienne égarée au Musée Rodin. Un critique (France ou Lemaître, je ne sais au juste), a dit du Rêve : "Ce livre est lourd et il est plat". Il ajouta même : "Il est étonnant qu'étant si plat, il soit si lourd". Une telle critique n'est pas qu'une boutade. Or, je défie bien qu'on l'applique au film de Baroncelli. C'est que la poésie n'est pas affaire de mots. On se tromperait grossièrement en l'enfermant toute dans le monde livresque. La poésie n'est qu'émotion, rythme, justesse. Les images sont à elle ce que lui sont les mots : des moyens d'expression. Jacques de Baroncelli a composé un film d'un bel équilibre, un film simple et sain, où court une pensée gracieuse et mélancolique avec l'ardeur pressée de la petite rivière où Angélique lave son linge. Il joue avec la virtuosité d'un maître de tous les registres du sentiment. Pathétique ici, le voilà qui ironise, goguenard ; caricaturiste sans méchanceté, il sait cerner d'un juste trait les curés obèses et les chantres tonitruants de la procession. Et, tout de suite, sur un rappel d'image, voici toute la salle qui riait, émue, touchée et prête brusquement à pleurer. Aucune emphase ne vient jamais boursoufler son intrigue. Prompt au rire comme aux larmes, il se défie de l'outrance comme de la sensiblerie. Le goût le plus juste tempère ses plus lyriques impulsions. Et l'histoire qui nous paraissait hier naïve, un peu linéaire, la voici qui s'anime, se pare, reflète des morceaux d'humanité sincère par toutes ses facettes. À ce charme n'est pas sans collaborer puissamment une de ces interprétations cohérentes dont on a le secret au Film d'Art. Signoret, pour qui, toutes louanges furent épuisées ; Mme Delvair, Mlle Andrée Brabant et leurs camarades sont parfaits. Je l'ai dit, je le dis, je le dirai. Ces vérités, pour évidentes qu'elles soient, doivent être affirmées. On sait qu'en ce moment, l'inlassable réalisateur du Rêve s'attaque au Père Goriot. Ici, l'ensemble deviendra plus probant, car il s'agit d'un chef-d'oeuvre évident, d'un monument conçu dans sa forme définitive par Balzac et qui atteint déjà à la perfection. Les amis de l'art muet attendent avec impatience la "sortie" de la nouvelle bande. Seulement, après cela, Baroncelli, qui est un des rares hommes de ce temps à penser cinématographiquement, nous doit un film qui ne sera ni de Balzac, ni de Zola, mais bien de lui. Car Le Rêve est un tour de force. Mais un personnage de la comédie de Jean Sarment dit quelque part : "Les tours de carte ne réussissent pas toujours...". Pierre Scize

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