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Notice
TitreNotre-Dame de Paris de Jean Delannoy, Cahiers du cinéma, n° 67, janvier 1957 .
DateMardi 1 Janvier 1957
Auteur(s)André Bazin
SourceCahiers du cinéma
Filmographie
Texte

« Hélas ! »

Notre-Dame de Paris, film en Cinématoscope et Eastmancolor de Jean Delannoy. […]

Je lis dans René Jeanne et Charles Ford que tous les metteurs en scène français à Hollywood avaient refusé l’un après l’autre de diriger la réalisation de Notre-Dame de Paris que tourna finalement  Wallace Worsley en 1923 avec Lon Chaney dans le rôle de Quasimodo. Mais je lis aussi dans Pierre Artis cette défense du point de vue américain sous la plume de Jacques Feyder : « En France, on a le tort de ne considérer que l’œuvre inspiratrice alors que les Américains considèrent toujours l’œuvre à faire. On reproche à ces derniers d’avoir déformé Notre-Dame de Paris. Ils l’ont en réalité transformé, ils l’ont fait visuel. »

J’ai l’impression qu’il n’y avait guère en France en 1956 qu’un metteur en scène peut-être capable en restant fidèle à l’esprit de l’œuvre originale de la faire « visuelle », je pense naturellement à Abel Gance. Jean Delannoy en tout cas était l’un des moins désignés pour cette entrerpise dans la mesure où ses propres tendances ne pouvaient qu’accuser les faiblesses du livre sans faire valoir les qualités encore capables de nous faire entrer dans le jeu. Notre-Dame de Paris n’est plus guère lisible aujourd’hui que pour ses morceaux de bravoure : ses personnages n’ont pas d’existence romanesque, pas d’épaisseur psychologique. On ne peut les regarder que de face car ils  sont découpés dans les tissus dont on fait les symboles. La tâche du metteur en scène est alors de nous faire accepter cette naïveté et de donner vie malgré tout à ces êtres tout d’une pièce. Ce souffle animateur qui gonflerait l’image et nous entraînerait dans son sillage manque cruellement ici. Même fidèles à la lettre, les péripéties et les personnages sont posés les uns à la suite des autres sans qu’aucun mouvement les entraîne. L’interprétation pourtant n’est pas toujours mauvaise, quoique Delannoy ait réussi le tour de force de rendre pour la première fois Gina repoussante de frigidité (mais aussi quels ahurissants costumes lui a-t-on infligés !).

Mais pouvait-on, en tout état de cause, réussir Notre-Dame de Paris en couleurs ? En dehors des scènes d’extérieur (absentes justement ici), le réalisme de la couleur accuse la facticité cinématographique. Le staff ne peut pas être pris pour de la pierre. Les maquettes et les trucages sautent aux yeux, la crasse médiévale n’est plus que ce qu’elle est devant la caméra : un badigeonnage de fond de teint et de fard verdâtre. Dès lors un des facteurs essentiels du récit s’évanouit : je veux parler de la recréation d’un univers social et architectural que l’abstraction du noir et blanc aurait peut-être encore permise. — A[ndré] B[azin].

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